jeudi 17 octobre 2019

Au cœur du festival



Notre expérience de jurées lycéennes à War On Screen


Comment résumer cette semaine au coeur du festival ? Beaucoup de films, de belles rencontres, de nourriture (très bonne), de rire et surtout beaucoup de larmes. Cette expérience a été extrêmement intense et nous n’en sortons pas indemnes.      

Nous ? Deux élèves de la terminale L2 sélectionnées dans le jury lycéen à War On Screen, festival international de films de guerre.

  Notre aventure a commencé à la mi-juin, quand nous avons reçu un mail nous confirmant notre participation au festival en tant que jury des courts-métrages. Nous avions auparavant rempli un formulaire sur nos goûts et intérêts cinématographiques et espérions être sélectionnées parmi la soixantaine de candidatures.

C’est ainsi que début septembre nous avons été réunies avec les dix autres lycéens pour un après-midi de formation avec Olivier Broche, Joanna et Sarah, sa remplaçante, qui nous a encadrés tout au long du festival. Nous avons visionné quelques courts-métrages et parlé de ce qui nous intéressait dans le cinéma.

Mardi 1er octobre
   
C’est à 18h que tout commence ! Nous avons rendez-vous à l’accueil de la Comète pour la cérémonie d’ouverture. Nous assistons, pendant une « petite » heure et demie, au discours du directeur, Philippe Bachman, avant d’aller manger et d’apprécier les desserts de la cantine ! Cela nous permet de sympathiser avec quelques autres membres du jury. Après le repas nous avons vu le film Mr Jones d’Agnieszka Holland, qui incarne très bien l’esprit du festival en présentant la société soviétique de l’entre-deux guerres. Nous retenons une bonne leçon de ce premier visionnage, manger rapidement afin de ne pas se retrouver tout au fond de la salle.

Mercredi 2 octobre

 
Rendez-vous à 10h15 à la Comète pour Camille de Boris Lojkine, un film sur la journaliste Camille Lepage, tuée en Centrafrique au cours d’un reportage. Ce film fait partie de ceux qui nous ont le moins plu. En effet l’histoire est intéressante, mais le personnage principal, malgré son rôle central, semble moins profond que les autres. Après avoir mangé (toujours très bien), nous allons voir Monos d’Alejandro Landes, fiction colombienne sur des enfants soldats. Ce film nous a beaucoup surpris car le réalisateur ne donne aucune information sur l’histoire et les personnages. Il veut que le spectateur soit immergé dans la nature colombienne, et se concentre sur les sensations créées par le film. 


Nous enchaînons avec Midnight Traveler, un documentaire de Hassan Fazili, qui retrace sa fuite avec sa famille, d’Afghanistan en Europe. Il ne filme qu’avec trois téléphones portables, nous faisant vivre le quotidien d’une famille de réfugiés. C’est donc un film très touchant mais pas misérabiliste. Nous finissons cette journée, en larmes, avec le documentaire Pour Sama de Waad Al-Kateab et Edward Watts. Ce film retrace le quotidien de la réalisatrice, dans un hôpital dirigé par son mari, qui montre Alep sous les bombardements incessants. Cela donne donc des scènes bouleversantes, d’autant plus qu’elle s’adresse à sa fille, née pendant la guerre, tout au long du film en lui expliquant ses choix. Nos émotions ont été renforcées par la venue de Waad Al-Kateab sur scène à la fin de la projection. Elle a insisté sur le fait de ne pas se focaliser sur les horreurs passées, mais de réagir et de s’occuper de celles toujours en cours. Cette journée a donc été très éprouvante et, mine de rien, regarder des films toute la journée, ce n’est pas aussi reposant que ce que l’on croyait !

Jeudi 3 octobre

Pour nous remettre de nos émotions de la veille nous commençons la journée avec Les lois de l’hospitalité de Buster Keaton, un film muet en noir et blanc des années 20. Ce film dépeint de manière comique les conflits entre deux familles américaines dont les enfants tombent amoureux, « à la Roméo et Juliette ». Vers 13h, après un moment de temps libre et un repas (toujours très très bon), nous essayons l’activité de réalité virtuelle.

Nous avons ensuite rendez-vous à 14h30 avec Sarah notre tutrice, Olivier Broche et le programmateur de War On Screen, Hervé Bougon. Ce temps nous permet de discuter avec eux autour des films que nous avons vus et de parfois changer notre regard sur ceux-ci. Après cet échange très enrichissant nous sommes allés voir Notre Dame du Nil d’Atiq Rahimi,  qui était d’ailleurs présent, ce qui nous a permis d’échanger avec lui à la fin de la projection. C’est l’adaptation d’un roman de Scholastique Mukasonga. Ce film nous a beaucoup touchées. Il aborde la montée de la haine contre les Tutsis au Rwanda, dans un internat de jeunes filles. La violence apparaît très soudainement dans le film, contrastant avec le début très insouciant, les plans sont magnifiques !

Après une courte pause nous avons vu le film de Bertrand Tavernier La vie et rien d’autre, qui évoque la difficulté de retrouver les soldats disparus après la Première Guerre Mondiale. Le film était suivi d’une masterclass avec le réalisateur, qui a pu longuement nous parler de sa filmographie. Nous rentrons enfin chez nous à 23h après ces rencontres très intéressantes.

Vendredi 4 octobre


Cette journée commence avec la projection d’un très joli film d’animation, Wardi de Mats Grorud. Il raconte l’histoire d’une petite fille réfugiée palestinienne en Israël qui découvre son histoire familiale et les raisons qui ont conduit sa famille à fuir la Palestine. Après quelques larmes nous rejoignons la présidente du jury Saïda Kasmi pour une première rencontre. Nous nous présentons et échangeons rapidement avec elle sur nos motivations et nos attentes par rapport aux courts-métrages. Nous visionnons les cinq premiers courts métrages en début d’après-midi et avons un premier temps d’échange autour de ceux-ci et de ce que nous en avons pensé. 

Bertrand Tavernier était présent dans la salle où nous étions, il nous a donné quelques conseils et parlé de sa vision du cinéma. Après un moment de temps libre nous nous rendons au lycée pour assister à la projection du documentaire Taste of Ciment de Ziad Kalthoum, qui montre la vie d’ouvriers syriens à Beyrouth, réduits au rang d’esclaves. Ce documentaire est surprenant par sa recherche esthétique, en effet les ouvriers ne parlent pas, seul un narrateur raconte une histoire à quelques moments. Le réalisateur s’appuie sur les sons pour contrebalancer cette absence de paroles. Il crée un contraste entre les bruits très forts du chantier et le calme de la mer. Ce documentaire est donc extrêmement contemplatif. C’est après un (très très) bon repas que nous sommes rentrées chez nous.

Samedi 5 octobre

Notre matinée était libre et à midi une journaliste de L’Union nous a interviewés sur notre expérience. Nous avons visionné le reste des courts métrages, après un début de projection chaotique à cause des retardataires… Nous avons également revu un court métrage de la veille, Silence, car le réalisateur était présent, et nous avons donc pu échanger avec lui.
 
Nous avons ensuite délibéré, d’abord en échangeant nos avis sur les films que nous venions de voir et ensuite sur tous les court-métrages. Nous n’étions pas tous d’accord et le choix du lauréat s’est fait par vote. Saïda nous a libérés et nous avons rencontré « Les jeunes de l’envol », une association qui aide les élèves défavorisés qui ont de bons résultats. Ils nous ont posé quelques questions sur notre expérience en tant que jury lycéen et nous sommes ensuite allés voir Peterloo de Mike Leigh. C’est un film historique sur le massacre de Peterloo qui a eu lieu à la suite d’une manifestation pacifique en 1819 en Angleterre. A la suite du film nous avons assisté à une masterclass où le réalisateur a parlé de son travail. La journée s’est terminée vers 22h30.

  
Dimanche 6 octobre


C’est déjà le dernier jour, que nous commençons en mangeant, évidemment ! Nous retrouvons Saïda et tous les membres du jury pour élaborer notre discours. Nous décidons de dire chacun une phrase, et d'accorder une mention spéciale au court métrage The best firework ever d’Aleksandra Terpinska, que nous n’avons pas choisi de récompenser bien qu'il nous ait beaucoup plu. Nous sommes ensuite allés voir le film Papicha de Mounia Meddour, un film qui nous a bouleversées. Il raconte le combat d’une jeune fille algérienne dans les années 90 pour la liberté des femmes et la réalisation de son rêve qui est de devenir styliste. Nous avons versé beaucoup de larmes (encore) car l’histoire, les actrices, les plans étaient sublimes, de plus nous nous sommes très facilement identifiées aux jeunes filles. Nous avons ensuite eu le temps de stresser avant notre discours à la cérémonie de clôture. Nous avons été le premier des jurys à annoncer le lauréat sur scène. Parler devant la salle de La Comète REMPLIE est quelque peu angoissant, nos jambes avaient la tremblote ! Mais tout s’est bien passé, nous avons remis le prix à Silence de Mahdi Borjian, qui était présent ! Il a pu s’exprimer sur la scène et était très touché que nous l’ayons choisi. Pour clore le festival nous avons vu le film Pour les soldats tombés, réalisé à partir d’images d’archives colorisées, de Peter Jackson.

Cette semaine a donc été très éprouvante autant physiquement que psychologiquement. Nous avons éprouvé de très fortes émotions, peut-être un peu trop pour une semaine, mais c’est cela qui rend cette expérience aussi géniale. Nous y avons fait des rencontres très enrichissantes, tous les films que nous avons vus étaient passionnants tout en étant très différents les uns des autres. On ne cache pas que le retour au lycée a été plus que difficile, cela ne nous aurait pas dérangées de continuer à regarder des films toute la journée ! Ce festival est une vraie bulle et nous a projetées dans un univers artistique complètement différent de notre vie quotidienne, ce qui nous a confortées dans notre envie de travailler dans l’art.
Tess Lanfranchi et Margot Romero TL2


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