dimanche 1 décembre 2019

Un mélodrame politique

 http://150597036.r.cdn77.net

La période de l’entre-deux-guerres est marquée par l’arrivée au pouvoir des régimes totalitaires, dont le nazisme en Allemagne. En 1940, la Seconde Guerre Mondiale est déclarée, mais les États-Unis optent pour une politique isolationniste et se tiennent à l’écart du conflit. Soucieux de rentabilité, les studios d’Hollywood, surveillés par la censure allemande, choisissent eux aussi de ne pas prendre parti pour se consacrer au pur divertissement. Le film de Franck Borzage La Tempête qui tue, traduction de l’anglais The Mortal Storm, sorti en 1940, est le premier film hollywoodien remettant en cause le nazisme. Nous verrons comment ce film tire son efficacité de l’appel aux sentiments. Nous nous intéresserons d’abord à la puissance du mélodrame sur les émotions du spectateur, et ensuite à la critique des méfaits du nazisme sur la société.

En premier lieu le mélodrame, genre théâtral populaire né en France sur le Boulevard du Temple à Paris au lendemain de la Révolution, et repris ensuite par le cinéma muet, a pour but de provoquer chez le spectateur des émotions fortes, en mettant en scène des personnages innocents. L’une de ses caractéristiques est de s’intéresser aux figures de victimes. Ainsi dans le film de Borzage le nazisme touche des innocents. Par exemple, le professeur Roth n’a pas choisi que les membres de sa communauté religieuse soient considérés comme des « non Aryens », et Freya n’a pas choisi non plus d’être la fille d’un Juif, ni de se retrouver dans une ville touchée par le nazisme. Malheureusement elle se retrouve victime de la situation et meurt en tentant de fuir en Autriche. Franck Borzage, qui avant tout parle par l’image puisqu’il a fait ses débuts dans le cinéma muet, insiste sur son innocence. Ainsi on voit dans la première séquence à la ferme de Martin que la jeune fille tient dans ses bras une chèvre, ce qui suggère qu’elle est le bouc émissaire de la situation. Ces personnages de victimes suscitent donc la pitié des spectateurs.

Ensuite les personnages appartiennent soit au camp du Bien, soit au camp du Mal. Le mélodrame au théâtre met en scène le Bien, qui gagne toujours, affronté au Mal, à la catastrophe. Dans le film de Borzage, le Mal est représenté par le nazisme, et le Bien par ses opposants. Le contraste bien mis en évidence entre les personnages nous fait détester encore plus les méchants de l’histoire, tout en augmentant notre sympathie et notre pitié pour les bons. Cette opposition se retrouve dans la séquence de la taverne, où les uniformes gris des partisans du nazisme donnent à l’image un aspect de tristesse et de froideur, tandis que se détachent sur ce fond terne les manches blanches de Freya. Mais dans le mélodrame le Bien gagne toujours, comme le montre la séquence à la fin du film où la mort de Freya provoque la séparation de ses deux frères. Erich et Otto sont filmés en plan rapproché taille. L’un, placé à la gauche de l’image, le côté du Mal, ne remet pas en question son appartenance au nazisme et gifle même son frère, placé à droite, le côté du Bien, parce qu’ il se réjouit que Martin au moins ait échappé à la patrouille. Après le départ de son frère, il lève les yeux vers le ciel, tandis que résonne une musique céleste, et il prononce le nom de Freya. Feya apparaît donc comme son ange gardien qui va le guider sur la bonne voie.

Les émotions suscitées par le film sont aussi liées aux liens sociaux, en commençant par l’histoire d’amour entre Freya et Martin. Tout mélodrame comporte une histoire d’amour passionnel. Freya et Martin sont très amoureux, partagent les mêmes idéaux anti-fascistes et se retrouvent seuls contre les autres. Le spectateur est pris d’attendrissement pour eux, il s’attache à cette histoire. C’est un amour idyllique, pas même la guerre ne peut les séparer. Ils ont la chance de devenir libres en passant la frontière autrichienne, mais Freya meurt, coupant court à tous nos espoirs. Franck Borzage nous fait vivre les montagnes russes des émotions, entre attachement, pitié et tristesse. C’est le centre de l’histoire. D’autre part le spectateur est pris d’attendrissement pour la famille Roth, montrée comme parfaite au début du film, et pour l’amitié entre les personnages. Quand tout vire à la catastrophe, que les amitiés et la famille se brisent, c’est un choc pour le spectateur. Or le spectacle de la catastrophe est l’une des caractéristiques du mélodrame, qui permet de nous faire ressentir des émotions fortes. Toutes ces actions sont là pour bouleverser le spectateur, mais aussi pour plaire, car dans le mélodrame il ne s’agit pas de faire de l’art, mais de l’argent, en divertissant et en provoquant des émotions chez le public populaire.

Cependant, si le mélodrame de Borzage fait appel aux sentiments en provoquant des émotions fortes, c’est pour que le spectateur réagisse à la critique du nazisme exprimée par le film.

L’analyse porte d’abord sur la destruction des individus par cette idéologie, en commençant par ses victimes et ses opposants. Le nazisme détruit bien évidemment ses victimes, en différenciant les Aryens des non-Aryens. Le terme « non-Aryen » est utilisé dans le film pour éviter la censure. Le professeur Roth est Juif, et il finit par mourir dans un camp de concentration à cause de sa religion. Freya aussi est détruite physiquement, puisqu’elle meurt abattue par une patrouille à la fin du film. D’ailleurs le réalisateur montre le contraste entre la neige blanche, symbole de pureté et d’innocence, et le sang, noir à l’image, de la blessure causée par le tir des nazis. Martin est lui aussi détruit, mais cette fois mentalement, car il a perdu Freya, l’être le plus cher à ses yeux. Mais le nazisme détruit aussi ses partisans. Prenons l’exemple de l’ancien fiancé de Freya. Le nazisme l’a obligé à tuer Freya, alors qu’il l’aimait. Il est ainsi détruit de l’intérieur, et en plus de cela, il s’est détruit lui-même. D’ailleurs il dit ensuite aux frères de Freya qu’il était obligé de le faire, comme pour se justifier. Il se sent donc coupable. Les deux frères sont aussi touchés par la mort de la jeune fille. L’un d’eux est si blessé qu’il change sa façon de penser et remet en cause son adhésion fanatique.

Ensuite le nazisme détruit aussi l’amitié. Par exemple à l’université, le professeur Roth est au départ très apprécié, on lui organise même un anniversaire surprise, et tout le monde se prend au jeu, famille, collègues, étudiants. Puis il est de moins en moins admiré, jusqu’à ce que ses élèves désertent ses cours. La séquence chaleureuse de la remise de son cadeau au professeur dans l’amphithéâtre contraste avec la séquence où dans ce même amphithéâtre le professeur est contesté par ses étudiant qui sont désormais tous en uniforme nazi. De même la taverne est un lieu qui symbolise l’amitié. Borzage établit un grand contraste entre une première séquence en travelling où les gens chantent, boivent et sont joyeux, et une autre séquence où les nazis se sont emparés du lieu. Un plan d’ensemble dévoile Martin et Freya, comme étouffés par les hommes debout qui font le salut hitlérien. Les chansons joyeuses ont été remplacées par l’hymne nazi, sans plus d’amusement. La taverne, lieu de sociabilité, est devenue triste et menaçante, le lien social a été détruit par le nazisme.

Enfin la destruction des liens sociaux est illustrée par la destruction de la famille. La maison est une image, elle représente la famille. La destruction de la famille est montrée par le contraste fort entre l’apparence de la maison au début du film, joyeuse et pleine de vie, et celle de la maison à la fin, vide et mal décorée. Au début, dans la première séquence, on voit le facteur, dont le métier est d’assurer la communication, donc le lien social, marcher jusqu’à la porte de la maison. L’image est lumineuse, le facteur répète sans cesse « Good morning ! », comme une comptine joyeuse, et filmé en panoramique, il va de gauche à droite, le sens de la lecture, pour dynamiser la scène. Le paysage est idyllique, la neige évoquant un conte de Noël. Ensuite on voit le facteur et la domestique en plan italien, pour bien mettre en valeur les colis, car le professeur est aimé. Tout le monde dans la demeure est heureux. Cette harmonie est en contraste avec l’évolution du personnage de la bonne, qui d’abord joyeuse et gentille, devient méchante et désagréable à l’égard de Freya et de sa mère quand le professeur a été déporté. D’autre part la dernière séquence montre du point de vue subjectif de l’un des deux frères la salle à manger sombrant dans les ténèbres. L’ombre de la chaise montre que la famille n’est plus qu’une ombre, donc n’existe plus. L’ombre de la statue portant le flambeau veut dire que la lumière de la science a disparu, mais cette statue réapparaît un bref instant sous le regard du personnage, c’est un signe d’espoir. Quant aux deux frères, leur relation est brisée, ce que symbolise la gifle donnée à celui qui renonce à l’idéologie nazie. Ils ne partagent plus le même idéal, ce que montre le plan rapproché taille où ils sont séparés par le montant central de la fenêtre, chacun sur un côté de l’écran.

Donc nous avons vu comment les méfaits du nazisme détruisent non seulement les individus, mais aussi les liens sociaux de l’intérieur, amicaux ou familiaux.

Ainsi Borzage utilise la puissance du mélodrame pour faire naître de la pitié pour les victimes innocentes affrontées à la catastrophe, de la détestation pour les nazis partisans du Mal, et de l’attendrissement pour les amoureux affrontés à l’épreuve. Le spectateur est donc happé par un film qui propose à travers l’histoire bouleversante qu’il raconte une analyse de la façon dont le nazisme détruit les individus, physiquement et mentalement, dont il met à mal les liens sociaux et décompose de l’intérieur la cellule familiale. Malheureusement, bien que censuré dès le départ et amputé de 15 % de ses images, ce film a provoqué l’interdiction des productions de la Metro-Goldwyn-Meyer en Allemagne par le ministre de la Propagande Joseph Goebbels. Peu après, le premier film parlant de Charlie Chaplin, Le Dictateur, sorti lui aussi en 1940 et mettant directement en cause Hitler lui-même, a provoqué l’interdiction de tous les films hollywoodiens sur le sol allemand.

Léa Laime, 1ère D

jeudi 31 octobre 2019

Of war and movies

Are war films only action films ?


The action film is a type of film with a succession of spectacular scenes often as stereotyped as chases, shootings and explosions. Often in this type of movie, there is a lot of violence and the enemies die. For us, all the war films aren't action films because the war isn't just about soldiers and fighting. For example, the war also concerns families, people who must also make the war effort. Some movies show the background of the war like La vie est belle. This film is about a Jewish family who will be taken to a concentration camp during WW II. This movie is very sad but also funny. And we recommend it.

Léna Trelc, Ambre Renaudet, Anais Haller, Sarra Ghazi, Saira Tazeen and Léa Laime


No, war films aren’t only actions films.They can show life in the trenches or in the front and there is action. But war films can also show life away from the front with children and women too.
 
Indeed, we can show the war in different ways : either with action (trenches, fights, weapons or confrontations like in Saving Private Ryan, or in a more passive way, with the life in cities and in the back without the war in itself like Schindler’s List).

In reality, if there wasn’t action, the film would be boring. It depends on what we want to show. We can suggest action but not show it. In animation film for example like Funan. action can be softened.

Pétronille Ployart, Alexandra Colinet, Clémence Mathieu, Laurette Sommé and Manon Aragon - 1ère B
 


Should cinema use war as entertainment ?

 
A movie is first and foremost an entertainment. There are different types of films, more or less serious, more or less invested in something and also there are different feelings that we can experience when we watch these movies. Many ideas can be displayed, like denouncing an issue like war, a true story, or showing the difficulties of war and therefore the reality of it – even though it can frighten the audience.

Also some festivals can be put in place to denounce issues, make the audience aware of them and move them like War on screen. Therefore, a movie can have a soul, which can make the public react, and which allows to pass a violent, strong image while entertaining and alerting.

Laurine Pigeon, Célia Avola, Faustine Foulian and Paul Fortin



Which is the best form to describe war : fiction or documentary?

 
After thinking about this question, we can share our opinion. We think the documentary is the best form to describe war for several reasons. The first one is that in a documentary, we have all the information about the war like the places, the dates… A fiction is less realistic. Another reason is that the documentary talks only about one special subject whereas in the fiction, there is a story on top of the war. But, it’s true that a fiction has also some positive aspects and can be more exciting thanks to its actors for example, and it may be less violent.

Mathilde Merlier and Lisa Moreaux

 
Fictions films are good because we can be into the story, we can feel it. This is also more entertaining for the spectator that wants to experience something strong. Simple movies with rewritten story in war can be more attractive for people and so it aims at a larger public.

Documentaries are different, they give more details and they tell the exact story that happened with a timeline. They also give real picture or real image from the war like during WW II. Documentaries focus on History to learn it and to tell it.

We can say that there not really a better form ; it just depends on what you’re looking for, like for Baptiste and me documentaries are better because we look for knowledge whereas Medhi would prefer fiction because he prefers something more entertaining.


Medhi Khiary, Ewen Mecheri, Baptiste Rougetet and Brandon Tibource

lundi 28 octobre 2019

Maurice PIERRAT, la voix des actualités


Maurice PIERRAT était célèbre dans les années 1930-60. Aujourd’hui, nous ne connaissons plus cet artiste d’un ancien temps. Mais qui est-il ?

Maurice PIERRAT est né à Châlons-en-Champagne le 2 juillet 1892. Très vite il monte à Paris pour faire une école de théâtre. Il joue des petits rôles dans quelques films mais il ne sera pas connu pour cela. C’est surtout sa voix qui deviendra célèbre, lorsqu’il commencera la radio sur la station Radio Tour Eiffel pour raconter des feuilletons radiophoniques. Ces divertissements sont une grande nouveauté pour la radio, désormais il n’y a plus simplement de l’information en direct et en continu. Suite à l’arrivée des actualités, le métier de speaker se développe. Ainsi les voix de radio étaient recherchées afin de présenter ces actualités. La voix de Maurice PIERRAT a présenté ces actualités pour la première fois en 1924 pour le poste parisien. Par la suite il sera speaker pour France actualité, la principale société française de production et de diffusion des actualités cinématographiques. Il a connu de nombreuses évolutions du cinéma, comme le passage du cinéma muet au cinéma parlant qui lui permit de devenir speaker avec cette apparition des actualités, mais aussi de doubler quelques films. 

Il a, tout au long de sa vie, collectionné des objets venant de partout dans le monde. A sa mort il a pris la décision de donner toute sa collection à la ville de Châlons-en-Champagne. Il n’a jamais visité la plupart des pays d’où viennent les objets de sa collection, il a tout acheté et tout fait venir à lui. Cela montre sa curiosité. 

Maurice PIERRAT a fait son ascension grâce aux progrès du cinéma. Débutant sur les planches du théâtre, on a été le chercher afin qu’il mette sa voix au service de la radio. Il est, ou plutôt sa voix est, ainsi, devenue célèbre. Puis il a été appelé à devenir speaker étant donné que les Français et les Françaises aimaient beaucoup sa voix. Il savait raconter les histoires, il avait un ton naturellement agréable, ce qui séduisit bien assez vite les habitants de l’Hexagone. Il a aussi joué quelques petits rôles au cinéma, mais ce n’est pas ce qui lui a valu sa renommée, il a également doublé quelques films. Maurice PIERRAT est un artiste qui a touché à beaucoup de chose dans l’art. C’est grâce aux évolutions du cinéma qu’il a pu, ainsi que bien d’autres, faire son ascension et par conséquent devenir célèbre.

Aujourd’hui, Maurice PIERRAT sort de nos mémoires, lui qui a pourtant participé à l’évolution du cinéma et qui a contribué aux divertissements de nos aînés. Avec lui a en partie disparu le métier de speaker et les fameuses actualités qui ont laissé place aux bandes-annonces dans nos salles de cinéma actuelles. Il est pourtant important de se souvenir de cet artiste comme de son époque et de ses rôles car tout cela fait partie de l’histoire du cinéma et des arts.
                                                                                                                         
Garance Renaudet, Lou-Anne Le Roy et Samantha Marquet

jeudi 17 octobre 2019

Au cœur du festival



Notre expérience de jurées lycéennes à War On Screen


Comment résumer cette semaine au coeur du festival ? Beaucoup de films, de belles rencontres, de nourriture (très bonne), de rire et surtout beaucoup de larmes. Cette expérience a été extrêmement intense et nous n’en sortons pas indemnes.      

Nous ? Deux élèves de la terminale L2 sélectionnées dans le jury lycéen à War On Screen, festival international de films de guerre.

  Notre aventure a commencé à la mi-juin, quand nous avons reçu un mail nous confirmant notre participation au festival en tant que jury des courts-métrages. Nous avions auparavant rempli un formulaire sur nos goûts et intérêts cinématographiques et espérions être sélectionnées parmi la soixantaine de candidatures.

C’est ainsi que début septembre nous avons été réunies avec les dix autres lycéens pour un après-midi de formation avec Olivier Broche, Joanna et Sarah, sa remplaçante, qui nous a encadrés tout au long du festival. Nous avons visionné quelques courts-métrages et parlé de ce qui nous intéressait dans le cinéma.

Mardi 1er octobre
   
C’est à 18h que tout commence ! Nous avons rendez-vous à l’accueil de la Comète pour la cérémonie d’ouverture. Nous assistons, pendant une « petite » heure et demie, au discours du directeur, Philippe Bachman, avant d’aller manger et d’apprécier les desserts de la cantine ! Cela nous permet de sympathiser avec quelques autres membres du jury. Après le repas nous avons vu le film Mr Jones d’Agnieszka Holland, qui incarne très bien l’esprit du festival en présentant la société soviétique de l’entre-deux guerres. Nous retenons une bonne leçon de ce premier visionnage, manger rapidement afin de ne pas se retrouver tout au fond de la salle.

Mercredi 2 octobre

 
Rendez-vous à 10h15 à la Comète pour Camille de Boris Lojkine, un film sur la journaliste Camille Lepage, tuée en Centrafrique au cours d’un reportage. Ce film fait partie de ceux qui nous ont le moins plu. En effet l’histoire est intéressante, mais le personnage principal, malgré son rôle central, semble moins profond que les autres. Après avoir mangé (toujours très bien), nous allons voir Monos d’Alejandro Landes, fiction colombienne sur des enfants soldats. Ce film nous a beaucoup surpris car le réalisateur ne donne aucune information sur l’histoire et les personnages. Il veut que le spectateur soit immergé dans la nature colombienne, et se concentre sur les sensations créées par le film. 


Nous enchaînons avec Midnight Traveler, un documentaire de Hassan Fazili, qui retrace sa fuite avec sa famille, d’Afghanistan en Europe. Il ne filme qu’avec trois téléphones portables, nous faisant vivre le quotidien d’une famille de réfugiés. C’est donc un film très touchant mais pas misérabiliste. Nous finissons cette journée, en larmes, avec le documentaire Pour Sama de Waad Al-Kateab et Edward Watts. Ce film retrace le quotidien de la réalisatrice, dans un hôpital dirigé par son mari, qui montre Alep sous les bombardements incessants. Cela donne donc des scènes bouleversantes, d’autant plus qu’elle s’adresse à sa fille, née pendant la guerre, tout au long du film en lui expliquant ses choix. Nos émotions ont été renforcées par la venue de Waad Al-Kateab sur scène à la fin de la projection. Elle a insisté sur le fait de ne pas se focaliser sur les horreurs passées, mais de réagir et de s’occuper de celles toujours en cours. Cette journée a donc été très éprouvante et, mine de rien, regarder des films toute la journée, ce n’est pas aussi reposant que ce que l’on croyait !

Jeudi 3 octobre

Pour nous remettre de nos émotions de la veille nous commençons la journée avec Les lois de l’hospitalité de Buster Keaton, un film muet en noir et blanc des années 20. Ce film dépeint de manière comique les conflits entre deux familles américaines dont les enfants tombent amoureux, « à la Roméo et Juliette ». Vers 13h, après un moment de temps libre et un repas (toujours très très bon), nous essayons l’activité de réalité virtuelle.

Nous avons ensuite rendez-vous à 14h30 avec Sarah notre tutrice, Olivier Broche et le programmateur de War On Screen, Hervé Bougon. Ce temps nous permet de discuter avec eux autour des films que nous avons vus et de parfois changer notre regard sur ceux-ci. Après cet échange très enrichissant nous sommes allés voir Notre Dame du Nil d’Atiq Rahimi,  qui était d’ailleurs présent, ce qui nous a permis d’échanger avec lui à la fin de la projection. C’est l’adaptation d’un roman de Scholastique Mukasonga. Ce film nous a beaucoup touchées. Il aborde la montée de la haine contre les Tutsis au Rwanda, dans un internat de jeunes filles. La violence apparaît très soudainement dans le film, contrastant avec le début très insouciant, les plans sont magnifiques !

Après une courte pause nous avons vu le film de Bertrand Tavernier La vie et rien d’autre, qui évoque la difficulté de retrouver les soldats disparus après la Première Guerre Mondiale. Le film était suivi d’une masterclass avec le réalisateur, qui a pu longuement nous parler de sa filmographie. Nous rentrons enfin chez nous à 23h après ces rencontres très intéressantes.

Vendredi 4 octobre


Cette journée commence avec la projection d’un très joli film d’animation, Wardi de Mats Grorud. Il raconte l’histoire d’une petite fille réfugiée palestinienne en Israël qui découvre son histoire familiale et les raisons qui ont conduit sa famille à fuir la Palestine. Après quelques larmes nous rejoignons la présidente du jury Saïda Kasmi pour une première rencontre. Nous nous présentons et échangeons rapidement avec elle sur nos motivations et nos attentes par rapport aux courts-métrages. Nous visionnons les cinq premiers courts métrages en début d’après-midi et avons un premier temps d’échange autour de ceux-ci et de ce que nous en avons pensé. 

Bertrand Tavernier était présent dans la salle où nous étions, il nous a donné quelques conseils et parlé de sa vision du cinéma. Après un moment de temps libre nous nous rendons au lycée pour assister à la projection du documentaire Taste of Ciment de Ziad Kalthoum, qui montre la vie d’ouvriers syriens à Beyrouth, réduits au rang d’esclaves. Ce documentaire est surprenant par sa recherche esthétique, en effet les ouvriers ne parlent pas, seul un narrateur raconte une histoire à quelques moments. Le réalisateur s’appuie sur les sons pour contrebalancer cette absence de paroles. Il crée un contraste entre les bruits très forts du chantier et le calme de la mer. Ce documentaire est donc extrêmement contemplatif. C’est après un (très très) bon repas que nous sommes rentrées chez nous.

Samedi 5 octobre

Notre matinée était libre et à midi une journaliste de L’Union nous a interviewés sur notre expérience. Nous avons visionné le reste des courts métrages, après un début de projection chaotique à cause des retardataires… Nous avons également revu un court métrage de la veille, Silence, car le réalisateur était présent, et nous avons donc pu échanger avec lui.
 
Nous avons ensuite délibéré, d’abord en échangeant nos avis sur les films que nous venions de voir et ensuite sur tous les court-métrages. Nous n’étions pas tous d’accord et le choix du lauréat s’est fait par vote. Saïda nous a libérés et nous avons rencontré « Les jeunes de l’envol », une association qui aide les élèves défavorisés qui ont de bons résultats. Ils nous ont posé quelques questions sur notre expérience en tant que jury lycéen et nous sommes ensuite allés voir Peterloo de Mike Leigh. C’est un film historique sur le massacre de Peterloo qui a eu lieu à la suite d’une manifestation pacifique en 1819 en Angleterre. A la suite du film nous avons assisté à une masterclass où le réalisateur a parlé de son travail. La journée s’est terminée vers 22h30.

  
Dimanche 6 octobre


C’est déjà le dernier jour, que nous commençons en mangeant, évidemment ! Nous retrouvons Saïda et tous les membres du jury pour élaborer notre discours. Nous décidons de dire chacun une phrase, et d'accorder une mention spéciale au court métrage The best firework ever d’Aleksandra Terpinska, que nous n’avons pas choisi de récompenser bien qu'il nous ait beaucoup plu. Nous sommes ensuite allés voir le film Papicha de Mounia Meddour, un film qui nous a bouleversées. Il raconte le combat d’une jeune fille algérienne dans les années 90 pour la liberté des femmes et la réalisation de son rêve qui est de devenir styliste. Nous avons versé beaucoup de larmes (encore) car l’histoire, les actrices, les plans étaient sublimes, de plus nous nous sommes très facilement identifiées aux jeunes filles. Nous avons ensuite eu le temps de stresser avant notre discours à la cérémonie de clôture. Nous avons été le premier des jurys à annoncer le lauréat sur scène. Parler devant la salle de La Comète REMPLIE est quelque peu angoissant, nos jambes avaient la tremblote ! Mais tout s’est bien passé, nous avons remis le prix à Silence de Mahdi Borjian, qui était présent ! Il a pu s’exprimer sur la scène et était très touché que nous l’ayons choisi. Pour clore le festival nous avons vu le film Pour les soldats tombés, réalisé à partir d’images d’archives colorisées, de Peter Jackson.

Cette semaine a donc été très éprouvante autant physiquement que psychologiquement. Nous avons éprouvé de très fortes émotions, peut-être un peu trop pour une semaine, mais c’est cela qui rend cette expérience aussi géniale. Nous y avons fait des rencontres très enrichissantes, tous les films que nous avons vus étaient passionnants tout en étant très différents les uns des autres. On ne cache pas que le retour au lycée a été plus que difficile, cela ne nous aurait pas dérangées de continuer à regarder des films toute la journée ! Ce festival est une vraie bulle et nous a projetées dans un univers artistique complètement différent de notre vie quotidienne, ce qui nous a confortées dans notre envie de travailler dans l’art.
Tess Lanfranchi et Margot Romero TL2


mercredi 16 octobre 2019

Gerry Conlon

Gerry Conlon est le héros principal du film Au nom du Père. Sa particularité est qu'il est un anti-héros. Effectivement, au début du film Gerry est  un  petit délinquant. Il est puéril, infantile et surtout immature. Ainsi, nous pouvons affirmer qu'il ne ressemble pas aux héros typiques des films. 

Durant le film, le personnage évolue. Suite au décès de son père, Gerry gagne en maturité. Il est prêt à combattre pour rendre justice à sa famille, à son père et à lui-même. A la fin du film, Gerry est un autre homme. Son parcours l'a changé en bien.

Clémence et Nathan

lundi 14 octobre 2019

Sang pour cent ?


Le vendredi 27 septembre, la classe de TL2 partait à La Comète pour aller voir le film Tel Père, Tel Fils (2013) de Kore-Eda, dans le cadre du projet « Lycéen et Apprentis au cinéma ». Kore-Eda est un réalisateur japonais, il est connu pour avoir réalisé Une Affaire De Famille (2018) et Nobody Knows (2004). Il aborde principalement dans son œuvre les thèmes de l’enfance et de la famille, ce que l’on remarque notamment sur les affiches de ses films.

Tel père, tel fils est un film ayant pour sujet une famille composée d'un enfant (Keita), d'une mère effacée, et de Ryota, le père, très pris par son travail . Celui-ci exige que son fils excelle dans tous les domaines, que ce soit l’école ou encore la musique. Mais après 6 ans de vie de famille un simple appel téléphonique va remettre en question leur existence : Keita n’est pas leur fils biologique. Effectivement, deux enfants ont été échangés à la naissance. Ils seront amenés à rencontrer cette autre famille que tout oppose, qui a subi la même erreur et qui a élevé leur réel enfant. Comment les familles vont-elles vivre cette épreuve et quel avenir sera décidé ? Ce film n’est pas une simple histoire, il soulève de nombreuses questions sur la société japonaise mais également des questions philosophiques.

Le film s'ouvre sur une scène où des enfants fabriquent des jouets aériens avec des sacs en plastique, symbole de la légèreté mais aussi de la fragilité de l'enfance. Le thème de la paternité arrive alors comme un catalyseur du problème : Est-on père par les liens du sang ou par lien du cœur ? Suffit-il d'avoir passé 6 années avec un enfant avec lequel on a tout partagé, que l'on a éduqué pour se considérer père ou alors, l’est-on uniquement et automatiquement par lien du sang ? Le père apprenant que Keita n'est pas son fils a cette réaction verbale terrible : « c’était donc ça ». Il analyse ainsi son manque d'intérêt pour ce fils qui ne lui ressemble pas. Pour Ryota, qui reproduit les stéréotypes de la société japonaise, seuls comptent les liens du sang (on retrouve cet attachement à la tradition lors des prières devant l'autel, symboles d'un conservatisme pesant mais rassurant). Il reprochera même à sa femme de ne pas avoir senti que ce n’était pas son fils. Au contraire, l’autre famille, moins aisée, moins conventionnelle, mais plus attentive, passe au-dessus de tout cela : ils aiment l'enfant qu'ils ont élevé et souffrent de l'idée d'une séparation. Au fil du film, le personnage du père, Ryota, évolue : notamment grâce à une confrontation avec son propre père en qui il ne se reconnaît pas, puis lorsqu'il réalise que Keita l'admire à travers l'objectif d'un appareil photo : l'image lui fait prendre conscience de la réalité qu'il a toujours occultée par manque de temps. Il se rend compte qu’il est passé à côté d’une chose essentielle  et se remet en question.

Le film aborde également le thème des différentes classes sociales. L’une est aisée, le père est architecte, ils ont une grande maison, une belle voiture, Keita est en école privée et joue du piano. Pour Ryota, le bonheur se réduit à la réussite, pourtant, leur maison est toujours filmée avec des couleurs froides, elle semble sans vie. L’autre famille, plus modeste, vit dans une maison colorée, accueillante : on y voit des dessins d’enfants, des jouets, des rires, de l'amour. Qu'est-ce qu'un foyer ?

Ainsi ce film de Kore Eda aborde la question de la paternité, de l’enfance, des classes sociales. Il  met en scène l'histoire d'une révélation, et montre que ce qui pourrait tout détruire peut aussi être l'occasion d'une reconstruction. Tel Père, Tel Fils a conquis l’immense majorité de la classe que ce soit par son histoire touchante, son atmosphère ou encore les questions qu’il soulève. Des larmes ont coulé pour certains lorsque le générique de fin est apparu. C’est sur les notes des variations Goldberg de Jean Sébastien Bach que nous quittons la salle émus par ce film qui nous a fait passer par tout un panel d’émotions. Tel père, tel fils est un film qui mérite amplement son prix du Jury au Festival de Cannes.

          Lou-Ann  Delaby et Nathan Faucon - TL2