vendredi 20 décembre 2019

Un film qui nous laisse sans voix

Tous autant que nous sommes, nous pouvons exprimer nos idées par la parole. Mais il existe un art de « bien parler » qui nécessite l’apprentissage de plusieurs techniques, employées depuis déjà des millénaires. À voix haute, un documentaire réalisé en 2016 par Stéphane de Freitas, nous prouve que justement, tous autant que nous sommes, nous pouvons réaliser des discours hors pair, même lorsque notre milieu social paraît nous l’interdire.

Ce documentaire touchant retrace le parcours de plusieurs étudiants de l’Université de Paris 8 Saint-Denis, suivant différents cursus, de différents âges et de différentes ethnies, qui se retrouvent pour participer à Eloquentia, un concours d’éloquence. Ce dernier désigne chaque année, depuis 2013, « le meilleur orateur du 93 ».

La diversité des personnages, de leur histoire ainsi que de leur évolution personnelle au cours de ces semaines de travail, rendent ce film attachant et émouvant. On passe de Leïla, une jeune Syrienne, voilée et très timide, à Eddy, un étudiant métis plein de joie de vivre. On passe d’Eladj, un ancien sans abri d’origine africaine, à Souleïla, une jeune femme débordant de créativité.

Chacun de nous peut s’y reconnaître. On peut retrouver dans ce film la sensibilité qui nous est propre, ce qui le rend tout de suite passionnant. Le public est immédiatement absorbé et ne connaît aucune minute de décrochage. Ce documentaire offre un miroir de la réalité, montrant l’évolution de chaque personnage, qui semble devenir une meilleure version de lui-même.

Par ailleurs, la diversité des sentiments est un atout imparable. On passe du rire aux larmes. On se retrouve mal à l’aise et stressé avec les participants au concours. On est emporté dans un tourbillon d’émotions, d’autant que le film suit la vie extérieure de quelques uns de ces étudiants, ce qui conduit encore plus à s’attacher à eux. Le soutien et l’amour des proches sont deux aspects fortement mis en valeur, très représentatifs du film dans sa totalité. Enfin aucune différence n’est faite entre les candidats, tous égaux face au concours, ce qui donne au film une dimension humaniste qui réchauffe le cœur.

Ainsi c’est un film qui illustre la vie, qui nous montre qu’avec du travail, de l’application et de l’engagement, tout le monde peut y arriver. Tout le monde peut se surpasser, et réaliser ses rêves.

Marina D’Anzi, 1ère G

Un concours dans le 93

Imaginez des étudiants du 93, qui n’ont pas toujours eu une vie facile, qui ne sont pas des Français de souche, maîtriser la langue de Molière avec un talent incroyable… Vous n’y croyez-pas ? Et pourtant le film À voix haute le prouve.



Ce documentaire de Stéphane de Freitas, sorti en 2016, montre une trentaine de jeunes de l’Université de Saint-Denis, entraînés durant six samedis par des professionnels du discours afin de devenir des as de la rhétorique. Celui qui gagnera le concours Eloquentia deviendra le meilleur orateur du 93. 

Ce film est intéressant car l’on y voit tout le cheminement du travail des participants, toute leur évolution afin de pouvoir présenter un texte parfait et mériter de gagner. Certains des jeunes de ce groupe se servent de leur vécu, de leur expérience personnelle comme d’un atout. Certains d’entre eux sont passés par la précarité, d’autres ont fui leur pays à cause de la guerre, d’autres encore rendent hommage à un membre de leur famille. C’est vraiment touchant et captivant de rentrer dans leur histoire, et l’on s’attache à eux.



Ainsi ce film est palpitant et il vaut la peine d’être vu. Qui sait, cela vous donnera peut-être envie d’organiser un concours semblable au lycée. Et si vous voulez savoir qui est le gagnant, il ne vous reste plus qu’à regarder le film !



Manon Bertrand, 1ère C

J’invoque À voix haute


J’invoque À voix haute
Pour en dire le succès,
Puisque pas loin d’être un sans faute,
Ce film m’a transpercé.

Peut-être certains seront-ils surpris
De la forme de mon discours.
Je ne suis en effet ni juge ni commis,
J’en suis l’avocat en ce jour.

Avocat de ce chef-d’œuvre,
Avocat de ce cinéma,
Avocat, je vous apporte mes preuves,
Avocat d’Eloquentia.

Si je ne peux dire qu’il est « bon »
Car c’est trop objectif,
Je dirai qu’il mérite votre attention
Pour vous forger un avis positif.

Oui, positif, et je le dis sans peur.
Non je n’en suis pas « certain »,
Plus simplement je le sais.
Il saura être à la hauteur
Vous surprendre jusqu’à la fin.

En découvrant ce documentaire,
Attendez-vous à être surpris,
Puisque jamais dans votre vie
Vous n’aurez vu de cette manière
Le 93, ni la parole, ni les élèves de Saint-Denis.

Je vous laisse sur ces mots,
Vous avez mieux à faire.
Mais pour décembre c’est mon cadeau,
Ce film va vous plaire,
Je le proclame À voix haute !


Tanguy Hallaert, 1ère H


Image https://medias.unifrance.org

Dévoration

Nathan Faucon, TL2

La vampiresse

Léane Maire, TL2

Problème de vampire

Mathias Lefebvre, TL2

jeudi 19 décembre 2019

Voyage au pays des vampires

Quelques images de l'exposition à la Cinémathèque






Mathias Lefebvre, TL2

samedi 14 décembre 2019

La Cinémathèque : que de cinéma !

La Cinémathèque française, créée en 1936 par Henri Langlois, a pour but de préserver, restaurer et projeter de nombreux films. Son patrimoine cinématographique lui permet d’être un pilier du Septième Art.

Le jeudi 14 novembre 2019, nous sommes allés à la Cinémathèque française. Durant la journée, nous avons visité deux expositions différentes : la première est une exposition temporaire portant sur le thème des vampires, appelée « Vampires, de Dracula à Buffy ». Elle est très intéressante par son côté historique et visuel, puisqu’on y découvre l’évolution du personnage du vampire, à travers des extraits de films. La deuxième exposition est une exposition permanente qui retrace l’histoire du cinéma. C’est la partie que j’ai préférée.

Le cinéma naît officiellement le 28 décembre 1895 à Paris, lors de la première projection publique et payante organisée par les frères Lumière. En raison de l’apparition des premiers films parlants, comme Le Chanteur de jazz en 1927, les anciens films muets perdent de la valeur aux yeux du grand public. Les industries décident de brûler les bobines, volumineuses et massives, pour récupérer le celluloïd. Cette initiative fut un désastre pour le cinéma muet qui perdit huit films sur dix. En effet la fréquentation des salles de cinéma était en baisse et les grands studios de production devaient trouver une nouveauté afin de relancer l’industrie. Seul Charlie Chaplin, pilier du muet, résista au parlant pendant plus de dix ans. Sa gestuelle très explicite lui avait attiré une reconnaissance mondiale. C’est pour sauver les films muets qu’Henri Langlois débute sa mission de sauvegarde de films, d’affiches ou de costumes.

Créer l’illusion du mouvement

Le cinéma se définit par trois procédés : la projection, la photographie et l’illusion du mouvement. Avant les frères Lumière, de nombreuses machines avaient été inventées. Ainsi le thaumatrope est l’ancêtre du cinématographe. Commercialisé en 1825 par John Ayrton Paris, cet objet joue de la persistance rétinienne, en faisant se succéder rapidement deux images, qui se fusionnent. L’appareil exposé à la Cinémathèque montre sur l’une de ses faces un oiseau, sur l’autre une cage. En faisant tourner rapidement le disque sur lequel sont dessinées ces deux images, on crée une illusion d’optique : l’oiseau paraît enfermé à l’intérieur de la cage.

Selon le même procédé, Joseph Plateau invente en 1832 le phénakitiscope : on regarde des images fixes à travers un disque de carton percé de fentes, et quand on le fait tourner, on a l’impression que les images bougent. Le zootrope est très similaire de cette invention, grâce à ses fentes espacées de bandes noires tout autour d’un tambour que l’on fait tourner en regardant à l’intérieur, à travers ces fentes, un dessin circulaire. Émile Reynaud se base sur cette invention pour créer le praxinoscope, près de 30 ans plus tard. Il apporte une modification, avec de petits miroirs formant une continuité.

Utiliser la photographie

Toutes ces machines, bien qu’ingénieuses, n’utilisent que des dessins, et non des photographies. Cette technique s’est développée dans les années 1830. Il faut attendre 1895 pour que le cinématographe des frères Lumière soit inventé. C’est une révolution, car cette machine est non seulement capable de projeter des films, mais aussi de filmer. Elle est inspirée du kinétoscope de Thomas Edison, mais présente des différences notables : les pellicules ont un format différent, avec une perforation différente.


 Cinématographe des frères Lumière
www.institut-lumiere.org

Le cinématographe des frères Lumière rencontra un grand succès. L’art cinématographique est avant tout un art populaire, un divertissement apprécié du public, mais avant tout une industrie très lucrative. Les frères Lumière l’ont compris et font une forte publicité pour leur produit. L’affiche ci-dessous a pour but d’attirer toutes les sortes de public. On y voit des gens amusés et enjoués devant la nouvelle technologie. Un soldat est représenté pour rassurer sur la sécurité.


Affiche pour le cinématographe des frères Lumiere : "L'Arroseur arrosé" en 1895, Musée de l' Affiche et de la Publicité, Paris
 
Affiche pour le Cinématographe Lumière (1896)
bnf.fr/sciencespourtous

Le cinéma donne également lieu à de nombreuses expériences physiques. Eadweard Muybridge est l’un des premiers à l’utiliser de cette manière. Il veut prouver des phénomènes animaliers par la photographie cinématographique. En effet le galop du cheval faisait débat : l’animal n’a-t-il vraiment jamais les quatre fers décollés du sol ? Muybridge disposa des appareils photographiques le long d’une piste équestre, qui se déclenchaient successivement au passage de l’animal. Il réussit à démontrer que le cheval au galop quitte le sol un très court instant, lorsque ses quatre pattes sont rassemblées sous lui.

De nos jours, avec l’arrivée du numérique, la perception que l’on a du cinéma a changé. C’est avant tout un divertissement de masse. En France une dynamique d’art et d’essai pousse à produire des films engagés et dénonciateurs. L’image de synthèse fait aussi exploser la production de films d’animation et permet la réalisation de films fantastiques ou de science-fiction, qui amène à la création de chefs-d’oeuvre comme Le Seigneur des Anneaux.

Ainsi en plus d’un siècle, en débutant avec la lanterne magique jusqu’à la plus perfectionnée des caméras, le cinéma a constamment évolué. La Cinémathèque française permet de voir les débuts du cinéma et de découvrir les différentes techniques qui mènent à des objets très perfectionnés. Outre son aspect divertissant et lucratif, le cinéma a permis des études scientifiques détaillées. Du fait de cette constante évolution, on en vient à se demander si les salles de cinéma ne subiront pas le même sort que les films muets, avec la montée en puissance des sériesvisibles à la télévision ou sur le net. Avec l’arrivée de la 3 D et de l’Imax, les studios doivent sans cesse se renouveler et s’adapter en fonction des envies du public.

Paul Fortin, 1ère D

Dracula : succion ou séduction ?

Exposition sur les vampires à la Cinémathèque de Paris, qui montre leurs différentes facettes et traverse leurs histoires.


La Cinémathèque française située à Bercy a été fondée par Henri Langlois en 1936. Elle est initialement une association de récupération des vieux films muets, délaissés après l’apparition du cinéma parlant en 1927. Elle stocke et récupère encore aujourd’hui les films anciens, mais possède d’autres fonctions, avec sa bibliothèque contenant des ouvrages sur l’histoire du cinéma, la projection d’un film chaque jour, et l’accueil d’expositions thématiques comme « Vampires, de Dracula à Buffy », réalisée par Matthieu Orléan. C’est une exposition chronologique sur le mythe de Dracula. Les vampires sont des êtres fantastiques qui se nourrissent de sang humain et qui sont immortels. Pour les faire fuir, il suffit d’utiliser de l’eau bénite, ou encore de l’ail ou un crucifix. Pour les tuer, il faut procéder à la décapitation et à l’enfoncement d’un pieu dans le corps. Dans les films de vampires, la morsure est l’élément déclencheur du fantastique, c’est-à-dire que le réalisateur joue sur les ombres, le brouillard, l’ambiance, la musique, ainsi que sur les décors ténébreux et gothiques. L'exposition tente d'analyser la passion du cinéma pour les vampires.

L'ombre de Nosferatu sur les murs 
de la Cinémathèque


Les vampires apparaissent au cinéma dès le début du XXème siècle. Le premier film mettant en scène Dracula, inspiré du Dracula de Bram Stocker, roman paru en 1897, est Nosferatu, un film allemand et muet de Murnau sorti en 1922. Sur une photographie extraite du film de Murnau, l’ombre de Nosferatu monte les escaliers d’une maison. On voit que le travail sur les ombres est important.


Nosferatu est un être bossu, avec un nez pointu, et il a le pouvoir de se transformer en chauve-souris, en rat, en loup ou même en brume. Herzog propose en 1979 un remake de Nosferatu, intitulé Nosferatu, fantôme de la nuit, qui présente de grandes similitudes avec le film de Murnau. L’exposition propose une comparaison entre les deux. Chez Murnau, le jeu de l’acteur est meilleur, montrant un lien érotique et physique du vampire avec sa victime, rapprochant le vampire d’un violeur. Chez Herzog, le personnage de Nosferatu est plus douloureux, notamment lors de son agonie au lever du soleil, ce qui suscite notre compassion pour lui.

Dans les années 1920, Theda Bara est l’une des actrices les plus célèbres de son époque, l’un des sex-symbol de l’écran. C’est la première vamp, c’est-à-dire une femme à la fois séductrice et dangereuse, une femme fatale qui use de son charme pour se servir des hommes.

Le mythe des vampires est surtout popularisé dans les années 30, après qu’Universal a acquis les droits d’exploitation du roman de Bram Stocker. Le premier Dracula parlant arrive donc en 1931 avec le célèbre acteur Bela Lugosi. Il incarne l’aspect séducteur de Dracula et fait donc évoluer l’image de Nosferatu. L’acteur, marqué par le rôle de Dracula, l’interprète par la suite à trois reprises.

Christopher Lee, un acteur britannique, interprète Dracula en 1958 dans Le Cauchemar de Dracula, le premier film en couleurs à mettre le vampire en scène, suivi de beaucoup d’autres. Il devient donc un acteur populaire planétaire dans le monde du cinéma avec ces films anglais osant plus de violence et d’érotisme.

Andy Warhol, l’un des principaux représentants du pop-art, conçoit plusieurs films sur Dracula comme Kiss en 1963 ou encore Du Sang pour Dracula en 1974. Dans ce dernier film, le fait que le mort-vivant se maquille et essaie d’être vivant nous montre un premier paradoxe. Le second paradoxe naît de l’idée que le vampire se regarde dans un miroir alors qu’il n’a pas de reflet.

De nombreux films de vampires sont tournés dans le monde entier, qui gardent cet aspect de trouble entre désir et violence. Chaque fois le personnage est modifié en fonction du pays et de sa culture, lui donnant un aspect très divers.

Gary Oldman incarnant le vieux comte Dracula dans le film de Coppola
Dessin de Morgane Torki
 
Dans la suite de l’exposition, on retrouve la flamboyance des costumes du film de Francis Ford Coppola en 1992, ainsi que ceux du film Entretien avec un vampire de Neil Jordan en 1994. Avec ces adaptations cinématographiques, le vampire devient banal, familier, et vivant parmi les hommes. Devenu populaire, il revient dans beaucoup de films et de séries comme Twilight (2009), Buffy contre les vampires (1997) ou encore The Vampire Diaries (2009).

Ainsi les vampires font désormais partie de l’univers du cinéma. L’exposition informe les visiteurs tout en les divertissant avec de grands écrans animés montrant des extraits de films. L’obscurité qui règne dans les salles met le visiteur dans l’ambiance ténébreuse propre à ce mythe sanglant. « Vampires de Dracula à Buffy » est une très belle exposition qui regroupe tous les visages du vampire nés du Dracula de Bram Stoker. Les cinéastes du monde entier montrent de l’intérêt à cette icône sombre et sexy, qui n’influence pas seulement le cinéma, mais aussi la peinture, la littérature, ou encore les séries télévisées.

Faustine Foulain, 1ère D
Photos de Laurine Pigeon et J.H.

jeudi 12 décembre 2019

Les origines du Septième Art

Compte-rendu de la visite de l’exposition permanente de la Cinémathèque de Paris qui montre les premières machines et inventions de l’histoire du cinéma.


Aujourd’hui le cinéma fait partie intégrante de notre quotidien, aussi bien du point de vue industriel et commercial, avec les produits dérivés ou les blockbusters, que du point de vue artistique, avec les films d’auteurs. Pourtant le Septième Art est jeune. La Cinémathèque de Paris, une des plus grandes, a voulu retracer dans son exposition permanente l’histoire du cinéma, avec l’évolution des machines et des usages.

 

L’exposition nous renvoie dans un premier temps à l’époque du zootrope, invention qui joue sur la succession rapide d’images différentes, afin de créer l’illusion du mouvement. Puis le visiteur découvre la lanterne magique. Il s’agit d’un appareil qui projette des images de couleur permettant de raconter une histoire. A partir de cet instant, nous comprenons que le cinéma est la réunion de ces deux inventions, et que sans elles le Septième Art n’aurait pas été concevable, car comme le zootrope il repose sur le principe de la persistance rétinienne et comme la lanterne magique sur la projection des images.


On nous explique ensuite que les premières projections des frères Lumière en 1895 furent pour le public tout autant fascinantes que décevantes. En effet les premiers films ne duraient que quelques secondes, étaient muets, et surtout en noir et blanc, alors que le public était habitué aux couleurs de la lanterne magique. A l’époque il y avait 17 images par seconde, contre 24 aujourd’hui. Mais les pellicules étaient enroulées sur des bobines, et il était difficile dans les premières années de les produire plus longues.



Pourtant le cinéma se développa. Le premier long métrage, réalisé par David Wark Griffith et produit à Hollywood, In Old California, sorti en 1910, compta plus de 100 000 000 visionnages. Les salles de cinéma furent par la suite sécurisées, et alors que ce n’était auparavant qu’un divertissement pour les couches les plus basses de la société, le public s’élargit jusqu’à la bourgeoisie.

En 1927 sortit le premier film de science-fiction, Metropolis, de Fritz Lang. La Cinémathèque expose « l’armure » que portait dans ce film l’actrice allemande Brigitte Helm. Le guide nous conta l’anecdote selon laquelle l’armure avait été moulée directement sur la silhouette de l’actrice, et qu’il lui était très difficile de la porter.

L’exposition se termine sur un court extrait de Modern Times de Charlie Chaplin, parfait exemple de réalisateur ayant eu des difficultés avec le passage au parlant en 1927.

Ainsi le Musée du cinéma à la Cinémathèque de Paris veut retracer l’histoire du cinéma, les tenants et aboutissants de cet art. La collection est riche, les machines exposées parfois surprenantes, et le parcours aussi vivant qu’enrichissant. Il est cependant dommage qu’il ne soit pas possible pour le public de visionner un film d’époque, bien que cela soit difficile. Il aurait aussi été intéressant de voir comment les films sont tournés aujourd’hui, et de savoir quelles ont été les contributions, réactions et productions du continent asiatique.

Texte et dessins d’Emeric Chamarac, 1ère D


Un musée fantasmagorique

Le 14 novembre 2019, les élèves de Pierre Bayen se sont rendus à la Cinémathèque française pour visiter l’exposition « Vampires » ainsi que le Musée du cinéma, dans le cadre du Projet Méliès.

La Cinémathèque, qui inclut le Musée du cinéma, fut fondée par Henri Langlois en 1936, avec pour but premier la conservation de films et d’objets en relation avec le cinéma. À cause du passage au cinéma parlant en 1927, les films muets étaient détruits ou recyclés, et Henri Langlois créa la Cinémathèque pour abriter et conserver ceux qu’il avait sauvés. Malheureusement, huit films muets sur dix ont disparu. Le Musée du cinéma retrace l’évolution chronologique du cinéma, de sa préhistoire jusqu’à l’invention des frères Lumière, en exposant divers objets et en montrant des extraits des films conservés au fil du temps.

Tout d’abord, nous nous intéresserons aux objets et aux extraits de films appartenant à la préhistoire du cinéma, avant la première projection des frères Lumière.

La lanterne magique, ou plus simplement la lanterne de projection, fut la première invention qui a joué un rôle majeur dans le développement des techniques cinématographiques, car c’est l’ancêtre du projecteur que nous connaissons. Cet objet original, inventé par l’astronome Huygens en 1659, est exposé dans le musée. Il s’agit d’une boîte où l’on place deux bougies, dont la lumière passe à travers des dessins sur plaques de verre que l’on dispose de façon à ce que l’image soit projetée grâce à un système de lentilles.

Le cinéma de nos jours est seulement considéré comme un art, mais sa naissance possède une dimension scientifique, puisque c’est le savant Eadweard Muybridge qui s’intéressa le premier à la chronophotographie et aux successions d’images. Le Musée montre ses études du mouvement d’un cheval, plus précisément des séquences originales des photos des différentes positions du cheval en course, de sorte à pouvoir étudier le mouvement de son corps et des êtres vivants en général. Cette étude a joué un rôle important dans l’histoire du cinéma, qui repose sur la décomposition du mouvement sur plusieurs images.

Nous avons vu aussi une reconstitution du zootrope. Inventé au XIXème siècle, cet objet utilise le principe de la persistance rétinienne. Quand nous regardons le tambour du dessus, nous voyons la décomposition d’un vol d’oiseau en différentes statuettes, tandis que lorsque nous nous plaçons face à son côté, et que le zootrope tourne, nous admirons un vol d’oiseau plus vrai que nature. Ce phénomène s’explique par le fait que les images que l’on perçoit restent imprimées dans la mémoire, très nettement, pendant une seconde, tandis que l’image suivante succède à la précédente, ce qui donne l’impression de mouvement. Le principe d’un film étant celui d’une succession d’images, c’est en partie grâce au zootrope reconstitué à la Cinémathèque que l’on peut le comprendre.

Le musée expose un autre chef-d’œuvre de la préhistoire du cinéma, les courts métrages que Thomas Edison a réalisés pour son kinétoscope, un appareil de visionnage individuel présenté dans les foires. Ces films en noir et blanc étaient considérés comme une attraction foraine, un art populaire qui s’opposait à l’art noble par excellence, le théâtre. Des scènes du quotidien ou encore de jeux de foire étaient filmés avec une caméra fixe ou parfois embarquée. Ces films durent une vingtaine de secondes et attiraient les curieux, une participation à l’édifice artistique qu’est actuellement le cinéma.

En continuant la visite nous avons découvert l’imposant théâtre optique d’Emile Reynaud, inventeur au destin tragique, comme nous l’a appris la guide. Sa création fonctionnait grâce à un système de miroirs et permettait de projeter des dessins en créant l’illusion du mouvement. C’était la première apparition du dessin animé, et nous en avons vu un extrait. Malheureusement, concurrencé par le succès des frères Lumière, Reynaud détruisit son théâtre optique et jeta ses dessins dans la Seine.

Dans un second temps, nous allons nous intéresser à l’ascension du cinéma depuis la première projection des frères Lumière., qui eut lieu le 28 décembre 1895, au sous-sol d’un café de Paris. Le musée montre un exemplaire du cinématographe qu’ils ont inventé, ainsi que quelques uns des films qu’ils ont réalisés, dont la durée ne dépassait jamais une cinquantaine de minutes. Leurs premiers films montraient des scènes du quotidien. Nous avons vu Le Forgeron, Le repas de bébé, La sortie d’usine, L’arroseur arrosé et enfin La construction d’un mur. La majorité d’entre eux avaient une dimension humoristique. Nous avons vu aussi une affiche originale faisait la promotion de leur film La Danse serpentine, un film important car il était en couleurs, chose rare à l’époque. La pellicule avait été coloriée image par image par un atelier d’ouvrières.

Inventé peu après la première projection payante et publique des frères Lumière, un autre objet scientifique fut l’ancêtre du cinéma, le fusil chronophotographique. Cet objet électrique est l’aboutissement des recherches d’Étienne-Jules Marey en 1899, avec pour objectif l’étude du vol des oiseaux. Nous avons visionné des extraits de ses courts métrages, où l’on voyait un animal être jeté de haut sur le sol, de façon à étudier leurs mouvements durant leur chute.

La guide nous a ensuite présenté une reconstitution miniature du studio de Georges Méliès à Montreuil, en nous expliquant comment y étaient tournés ses premiers films. Par ailleurs une vitrine est entièrement dédiée à Méliès, avec par exemple un portrait de lui ou encore des costumes ayant servi pour son film Le Palais des Mille et une nuits sorti en 1905.

À la fin de l’exposition sont présentés des extraits de films symboliques et incontournables dans l’histoire du cinéma, comme Nosferatu, réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau en 1922, ouvrant une dimension fantastique au cinéma, mais aussi Les Temps modernes de Charlie Chaplin, datant de 1936, grand film à la fois muet et parlant, qui critique l’industrie américaine.

Pour les objets moins techniques sont exposés des costumes comme celui du robot de Metropolis, sorti en 1927, l’étoile de mer de Man Ray ainsi qu’une page authentique du scénario de son film de 1928, et la tête de Mrs Bates, personnage du film Psychose, don d’Alfred Hitchcock.

Ainsi la Cinémathèque française recueille au sein du Musée du cinéma d’innombrables objets, films et costumes pour raconter l’histoire passionnante du Septième Art, permettant d’admirer l’évolution impressionnante de l’industrie cinématographique dès sa préhistoire et après 1895. L’authenticité de ces objets et de ces inventions fait de ce lieu un lieu emblématique de l’histoire du cinéma.


Texte et dessin Hasna Bensadek, 1ère D
Merci à Julia Chemin-Letupe pour le titre et le chapeau.



mardi 10 décembre 2019

La Cinémathèque : entre peur et passion

Une exposition qui a du mordant !


 La Cinémathèque de Paris a conçu et organisé l’exposition temporaire « Vampires, de Dracula à Buffy », qui montre l’évolution du vampire dans les films, dans l’ordre chronologique, avec des extraits de films, les véritables costumes que les acteurs ont portés, des objets, des croquis, des affiches et des photos.

Avant d’être une célébrité au cinéma, le vampire est un personnage littéraire, un personnage de l’ombre. Les premières histoires de vampires apparaissent au XVIIIème siècle et se développent au XIXème siècle avec la novella Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu publiée en 1872 ou le roman Dracula de Bram Stoker publié en 1897. A cette époque, le mot s’écrivait « vampyr ».

Lorsqu’on entre dans l’exposition, les murs sont noirs, les lumières ressemblent à des bougies, comme si l’on se trouvait dans un vieux manoir. Ces éléments mettent le visiteur dans l’ambiance, comme s’il pénétrait dans un véritable château hanté par un vampire.

L’exposition commence avec la première représentation d’un vampire au cinéma, avec la sortie en 1922 du film de Murnau Nosferatu. Ce film muet, en noir et blanc, est inspiré du Dracula de Bram Stoker, mais comme le réalisateur n’a pas eu les droits, il a changé le nom de « Dracula » en « Nosferatu ». Dans le film, le vampire apparaît comme une ombre, un personnage vieux, maigre et bossu, avec un nez et des griffes crochus.

Elle se termine avec des films d’aujourd’hui comme Twilight ou des séries télévisées comme Buffy et les vampires.Tous ces vampires sont inspirés de personnes réelles. Le premier est Vlad Tépès, surnommé l’Empaleur parce qu’il mettait la tête tranchée de ses ennemis sur une pique et mangeait ses repas devant. L’autre est la comtesse Bathory, accusée d’avoir tué plus de six cents victimes, dont la majorité sont des vierges, pour rester belle et jeune, non seulement en buvant leur sang, mais aussi en prenant des bains de sang.

Au cours des années, le vampire a connu de nombreuses modifications. Au début il était représenté comme âgé, maigre, crochu, noir, et il se tenait loin de la société, comme Dracula et Nosferatu. Puis il est devenu séducteur, se mélangeant aux humains. A l’origine le mythe vient de l’Europe de l’Est, avant de connaître une expansion mondiale. Les points communs des films de vampires sont leur caractère sombre, le mélange de la peur et de l’érotisme dans une ambiance inquiétante. Aujourd’hui dans les films américains le vampire est devenu un être mal à l’aise dans son corps et le voit comme une terrible malédiction. Le prédateur est devenu la victime de son sort. Andy Warhol, connu pour ses peintures, a représenté ce vampire moderne qui se maquille pour se mêler à la société humaine. Enfin ce personnage a été utilisé pour critiquer certains politiques comme Margaret Thatcher ou George Bush. L’exposition de la Cinémathèque présente tous ces éléments.

Une exposition immersive

Le vampire est un thème intéressant pour la Cinémathèque. En effet le mythe du vampire s’est développé en même temps que le cinéma. Ce dernier est né le 28 décembre 1895 et le livre qui a rendu célèbre le personnage du vampire, Dracula, est paru en 1897.Ils ont évolué et se sont modifiés ensemble.

L’ambiance de l’exposition est vraiment extraordinaire. Dès l’entrée les visiteurs sont plongés dans l’obscurité, éclairée de quelques ampoules qui font penser à des bougies. Le son accompagne ce décor, ces deux éléments nous plongeant dans l’univers ténébreux du vampire. L’exposition est bien organisée et structurée parce qu’elle est présentée dans l’ordre chronologique, ce qui aide à la compréhension. Les murs et les différents éléments sont espacés, cette exposition respire. Tout au long on aperçoit l’ombre de Nosferatu, comme s’il nous suivait. C’est intéressant, parce que dans le film de Murnau, il est présenté de cette manière. On a donc l’impression de rentrer dans le film un court instant. D’autre part les costumes et les objets sont réels, ce sont eux qui ont été utilisés pour tourner les films, c’est impressionnant. Le plus beau est le costume que porte Dracula dans le film de Francis Ford Coppola. Ce long manteau rouge, à la traîne immense, déployée comme une coulée de sang, est magnifique.

 Dessin Morgane Torki

L’appréciation d’une exposition repose sur le guide. Celui qui assurait la visite était agréable, car il connaissait son sujet et paraissait passionné. Il était interactif et ne récitait pas. Il arrivait à retenir notre attention et de ce fait nous avons écouté et retenu davantage. Cependant, nous n’avons pas eu assez de temps pour tout regarder. Particulièrement à la fin nous sommes allés trop vite devant les nombreuses caricatures, et si le guide a beaucoup parlé de Dracula et du début du développement de ce mythe, il a expédié la fin de l’exposition et les films d’aujourd’hui, qui montrent l’expansion mondiale du personnage du vampire.

Ainsi cette exposition est correctement structurée et d’autant plus intéressante que l’univers du vampire est un univers fascinant, qui mélange la peur, le suspense et la passion. Dracula est une figure emblématique de ce mythe. Il n’est pas l’origine mais le déclencheur de cette grande évolution. Bram Stoker s’est inspiré de ses cauchemars, de la novella Carmilla de Le Fanu qu’il avait adorée et des légendes de l’Europe de l’Est qu’il avait entendues lors d’une conférence à Londres. Il fit des recherches approfondies et il a écrit un livre magnifique et passionnant qui a servi d’inspiration à de multiples œuvres.

Ambre Renaudet, 1ère D
Merci à Laurine Pigeon pour le sous-titre !
Photo J.H. 



Bon sang, ne manquez pas cette exposition !

Une exposition révélatrice sur le vampire et son histoire…

  
Affiche du film Dracula réalisé par Tod Browning en 1931, avec Bela Lugosi, qui a joué tant de fois le personnage que son visage reste associé à Dracula.


Connaissez-vous l’histoire de cette créature si populaire ? Le célèbre mythe du vampire provient des tréfonds du Moyen Âge. Le fameux roman Dracula de Bram Stoker concrétise cette légende à la fin du XIXème siècle. Quant au cinéma, il apparaît en même temps et s’empare du mythe naissant en le déclinant et en l’élargissant. L’exposition temporaire « De Dracula à Buffy » se déroule du 9 octobre 2019 au 19 janvier 2020 à la Cinémathèque rue de Bercy à Paris. Elle propose deux aspects parallèles du mythe, en montrant l’attirance des cinéastes du monde entier pour cette créature sensuelle et cruelle, ainsi que les différents champs artistiques qu’elle a inspirés, comme la littérature, la photographie, la peinture ou encore plus récemment la série télévisée.

La Cinémathèque est un lieu privé dédié au stockage et à la conservation des films anciens. Elle a également pour mission de les restaurer et de les montrer au public. Elle possède aussi une bibliothèque regroupant des livres sur l’histoire du cinéma. Enfin, elle accueille diverses expositions comme celle-ci. C’est le 28 décembre 1895 que les frères Lumière organisent la première projection publique et payante de films muets et en noir et blanc, et sur pellicule. À cette époque, un film durait aux alentours de 50 secondes. Tout cela était spectaculaire ! Puis, en 1927 a lieu l’apparition du son au cinéma. Les films muets sont alors délaissés, brûlés ou recyclés. Henri Langlois créa la Cinémathèque en 1936 pour sauver le cinéma muet en récupérant un maximum de films, ainsi que des costumes, des affiches, des accessoires, qui constituent le fonds de la Cinémathèque. Ainsi projections, stockage, préservation, restauration et projections peuvent y prendre place.


 

 Dessin de Morgane Torki


L’exposition « De Dracula à Buffy » a été conçue par Matthieu Orléan. A travers les différentes salles, il invite ses visiteurs à découvrir des tableaux, des extraits de films, des tableaux sur écran, des portraits, des accessoires, des costumes, ainsi que des affiches de films concernant cette icône, le vampire. De plus le visiteur est plongé dans l’univers de ce mythe grâce à l’ambiance sombre, aux lustres, qui ont sûrement pour but de nous fondre dans cet univers, l’univers du château de Dracula. Par ailleurs, la disposition permet à chacun de s’intéresser à tout, puisque l’exposition de salle en salle fait progresser peu à peu le visiteur dans sa visite, sans donner trop d’informations d’un coup qui pourraient le décourager de tout regarder.

Le vampire est une icône ténébreuse et sexy, qui fait partie des grandes créatures légendaires issues des mythologies où se combinent de diverses manières l’inquiétude de l’au-delà et le mystère du sang. Selon sa légende, le vampire se nourrit et tire sa force vitale du sang des vivants. Lui se transforme en créatures diverses, et ses victimes se transforment en vampires. Ce n’est que vers la fin du XVIIIème siècle que le mot « vampire » apparaît.

L’exposition a d’abord pour but de montrer la fascination des cinéastes du monde entier pour cette créature. L’exposition nous apprend beaucoup sur le vampire. Avant le personnage de Dracula, les vampires étaient représentés de multiples façons. Leur physique était très varié puisqu’ aucune norme n’avait été établie. Ce qui était la caractéristique d’un « non-mort » pour un peuple ne l’était pas forcément pour le peuple voisin. Bram Stoker a fait un énorme travail pour rassembler, parmi les différentes légendes, les caractéristiques de son personnage éponyme, qui se sont ensuite transmises à tous les vampires en général. L’exposition le montrait à travers des extraits de films dont les vampires ont beaucoup de caractéristiques communes, à quelques détails près. Par exemple, le Nosferatu de Murnau a des liens érotiques, physiques, avec sa victime, tandis que celui d’Herzog a un lien plutôt magique et mental. 

Cette légende qui puise ses origines dans des traditions mythologiques se retrouve dans toutes sortes de cultures à travers le monde. La plupart des civilisations qui furent présentes sur notre terre ont inventé leur propre vampire et ont cru en des monstres buveurs de sang très divers, qui eurent leurs propres pouvoirs, leurs propres formes, leurs propres moyens de défense, leur propre manière d’être détruits… En fait le vampire est chaque fois légèrement modifié pour s’inclure dans la culture du pays. Par exemple le vampire contemporain fait du skate-board ou encore, comme dans l’image ci-jointe, le vampire en Iran fait le lien entre la cape du vampire et le voile de la femme de son pays, ce qui montre l'universalité du mythe et son adaptation aux différentes cultures.

Par conséquent les aspects cinématographiques des vampires sont différents. L’exposition analyse les aspects traditionnels du vampire que nous connaissons. Le jeu d’acteur est le plus important, l’expression du visage, la lenteur des gestes… L’actrice qui joue la victime travaille pour faire passer l’angoisse à travers son jeu. Sa relation avec le vampire est toujours ambiguë, comme par exemple lors de la morsure, ou du baiser, où les ondulations du corps font penser à une scène érotique ! Nous avons ainsi une tension constante entre l’érotisme et le danger. De plus le réalisateur joue sur les bruitages, l’ambiance sombre, les lumières, la musique angoissante et les décors gothiques, relevés dans l’extrait de Dracula qui nous était présenté. Le choix de la mise en scène joue également. Le guide, qui était d’ailleurs excellent, nous a fait remarquer dans un extrait que faire passer un personnage du fond de la scène à un gros plan insiste sur son caractère menaçant.

Enfin l’exposition montre, en plus des occurrences cinématographiques, les apparitions du vampire dans d’autres champs artistiques. Des œuvres choisies dans un souci de mise en rapport direct avec le cinéma jalonnent le parcours du visiteur, par exemple Les Femmes vampires de Leonor Fini. D’autres domaines, comme la photographie ou la littérature, sont également touchés. Avec Twilight, la saga de Stephenie Meyer, les vampires sont dans un lycée. Ils sont parmi nous. Il est donc de moins en moins singulier de voir des vampires. Ils font, en quelque sorte, partie de notre monde.

Ainsi à travers cette exposition, le visiteur accroît sa culture artistique en apprenant que le vampire est un mythe universel qui s’adapte à la culture de chaque pays. Par conséquent il varie légèrement. De plus, il touche tous les champs artistiques, les premiers étant la littérature et le cinéma. La constante évolution du vampire l’a rendu immortel ! Cette visite était si intéressante qu’elle m’a paru trop courte, et elle a été très instructive. Cette exposition ouvre l’esprit du visiteur. Reste la question de savoir pourquoi le vampire est si populaire et fascinant pour beaucoup. Bram Stoker dit que « la puissance du vampire tient à ce que personne ne croit en son existence... »

Lisa Moreaux, 1ère D
Photos de Laurine Pigeon

dimanche 1 décembre 2019

Un mélodrame politique

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La période de l’entre-deux-guerres est marquée par l’arrivée au pouvoir des régimes totalitaires, dont le nazisme en Allemagne. En 1940, la Seconde Guerre Mondiale est déclarée, mais les États-Unis optent pour une politique isolationniste et se tiennent à l’écart du conflit. Soucieux de rentabilité, les studios d’Hollywood, surveillés par la censure allemande, choisissent eux aussi de ne pas prendre parti pour se consacrer au pur divertissement. Le film de Franck Borzage La Tempête qui tue, traduction de l’anglais The Mortal Storm, sorti en 1940, est le premier film hollywoodien remettant en cause le nazisme. Nous verrons comment ce film tire son efficacité de l’appel aux sentiments. Nous nous intéresserons d’abord à la puissance du mélodrame sur les émotions du spectateur, et ensuite à la critique des méfaits du nazisme sur la société.

En premier lieu le mélodrame, genre théâtral populaire né en France sur le Boulevard du Temple à Paris au lendemain de la Révolution, et repris ensuite par le cinéma muet, a pour but de provoquer chez le spectateur des émotions fortes, en mettant en scène des personnages innocents. L’une de ses caractéristiques est de s’intéresser aux figures de victimes. Ainsi dans le film de Borzage le nazisme touche des innocents. Par exemple, le professeur Roth n’a pas choisi que les membres de sa communauté religieuse soient considérés comme des « non Aryens », et Freya n’a pas choisi non plus d’être la fille d’un Juif, ni de se retrouver dans une ville touchée par le nazisme. Malheureusement elle se retrouve victime de la situation et meurt en tentant de fuir en Autriche. Franck Borzage, qui avant tout parle par l’image puisqu’il a fait ses débuts dans le cinéma muet, insiste sur son innocence. Ainsi on voit dans la première séquence à la ferme de Martin que la jeune fille tient dans ses bras une chèvre, ce qui suggère qu’elle est le bouc émissaire de la situation. Ces personnages de victimes suscitent donc la pitié des spectateurs.

Ensuite les personnages appartiennent soit au camp du Bien, soit au camp du Mal. Le mélodrame au théâtre met en scène le Bien, qui gagne toujours, affronté au Mal, à la catastrophe. Dans le film de Borzage, le Mal est représenté par le nazisme, et le Bien par ses opposants. Le contraste bien mis en évidence entre les personnages nous fait détester encore plus les méchants de l’histoire, tout en augmentant notre sympathie et notre pitié pour les bons. Cette opposition se retrouve dans la séquence de la taverne, où les uniformes gris des partisans du nazisme donnent à l’image un aspect de tristesse et de froideur, tandis que se détachent sur ce fond terne les manches blanches de Freya. Mais dans le mélodrame le Bien gagne toujours, comme le montre la séquence à la fin du film où la mort de Freya provoque la séparation de ses deux frères. Erich et Otto sont filmés en plan rapproché taille. L’un, placé à la gauche de l’image, le côté du Mal, ne remet pas en question son appartenance au nazisme et gifle même son frère, placé à droite, le côté du Bien, parce qu’ il se réjouit que Martin au moins ait échappé à la patrouille. Après le départ de son frère, il lève les yeux vers le ciel, tandis que résonne une musique céleste, et il prononce le nom de Freya. Feya apparaît donc comme son ange gardien qui va le guider sur la bonne voie.

Les émotions suscitées par le film sont aussi liées aux liens sociaux, en commençant par l’histoire d’amour entre Freya et Martin. Tout mélodrame comporte une histoire d’amour passionnel. Freya et Martin sont très amoureux, partagent les mêmes idéaux anti-fascistes et se retrouvent seuls contre les autres. Le spectateur est pris d’attendrissement pour eux, il s’attache à cette histoire. C’est un amour idyllique, pas même la guerre ne peut les séparer. Ils ont la chance de devenir libres en passant la frontière autrichienne, mais Freya meurt, coupant court à tous nos espoirs. Franck Borzage nous fait vivre les montagnes russes des émotions, entre attachement, pitié et tristesse. C’est le centre de l’histoire. D’autre part le spectateur est pris d’attendrissement pour la famille Roth, montrée comme parfaite au début du film, et pour l’amitié entre les personnages. Quand tout vire à la catastrophe, que les amitiés et la famille se brisent, c’est un choc pour le spectateur. Or le spectacle de la catastrophe est l’une des caractéristiques du mélodrame, qui permet de nous faire ressentir des émotions fortes. Toutes ces actions sont là pour bouleverser le spectateur, mais aussi pour plaire, car dans le mélodrame il ne s’agit pas de faire de l’art, mais de l’argent, en divertissant et en provoquant des émotions chez le public populaire.

Cependant, si le mélodrame de Borzage fait appel aux sentiments en provoquant des émotions fortes, c’est pour que le spectateur réagisse à la critique du nazisme exprimée par le film.

L’analyse porte d’abord sur la destruction des individus par cette idéologie, en commençant par ses victimes et ses opposants. Le nazisme détruit bien évidemment ses victimes, en différenciant les Aryens des non-Aryens. Le terme « non-Aryen » est utilisé dans le film pour éviter la censure. Le professeur Roth est Juif, et il finit par mourir dans un camp de concentration à cause de sa religion. Freya aussi est détruite physiquement, puisqu’elle meurt abattue par une patrouille à la fin du film. D’ailleurs le réalisateur montre le contraste entre la neige blanche, symbole de pureté et d’innocence, et le sang, noir à l’image, de la blessure causée par le tir des nazis. Martin est lui aussi détruit, mais cette fois mentalement, car il a perdu Freya, l’être le plus cher à ses yeux. Mais le nazisme détruit aussi ses partisans. Prenons l’exemple de l’ancien fiancé de Freya. Le nazisme l’a obligé à tuer Freya, alors qu’il l’aimait. Il est ainsi détruit de l’intérieur, et en plus de cela, il s’est détruit lui-même. D’ailleurs il dit ensuite aux frères de Freya qu’il était obligé de le faire, comme pour se justifier. Il se sent donc coupable. Les deux frères sont aussi touchés par la mort de la jeune fille. L’un d’eux est si blessé qu’il change sa façon de penser et remet en cause son adhésion fanatique.

Ensuite le nazisme détruit aussi l’amitié. Par exemple à l’université, le professeur Roth est au départ très apprécié, on lui organise même un anniversaire surprise, et tout le monde se prend au jeu, famille, collègues, étudiants. Puis il est de moins en moins admiré, jusqu’à ce que ses élèves désertent ses cours. La séquence chaleureuse de la remise de son cadeau au professeur dans l’amphithéâtre contraste avec la séquence où dans ce même amphithéâtre le professeur est contesté par ses étudiant qui sont désormais tous en uniforme nazi. De même la taverne est un lieu qui symbolise l’amitié. Borzage établit un grand contraste entre une première séquence en travelling où les gens chantent, boivent et sont joyeux, et une autre séquence où les nazis se sont emparés du lieu. Un plan d’ensemble dévoile Martin et Freya, comme étouffés par les hommes debout qui font le salut hitlérien. Les chansons joyeuses ont été remplacées par l’hymne nazi, sans plus d’amusement. La taverne, lieu de sociabilité, est devenue triste et menaçante, le lien social a été détruit par le nazisme.

Enfin la destruction des liens sociaux est illustrée par la destruction de la famille. La maison est une image, elle représente la famille. La destruction de la famille est montrée par le contraste fort entre l’apparence de la maison au début du film, joyeuse et pleine de vie, et celle de la maison à la fin, vide et mal décorée. Au début, dans la première séquence, on voit le facteur, dont le métier est d’assurer la communication, donc le lien social, marcher jusqu’à la porte de la maison. L’image est lumineuse, le facteur répète sans cesse « Good morning ! », comme une comptine joyeuse, et filmé en panoramique, il va de gauche à droite, le sens de la lecture, pour dynamiser la scène. Le paysage est idyllique, la neige évoquant un conte de Noël. Ensuite on voit le facteur et la domestique en plan italien, pour bien mettre en valeur les colis, car le professeur est aimé. Tout le monde dans la demeure est heureux. Cette harmonie est en contraste avec l’évolution du personnage de la bonne, qui d’abord joyeuse et gentille, devient méchante et désagréable à l’égard de Freya et de sa mère quand le professeur a été déporté. D’autre part la dernière séquence montre du point de vue subjectif de l’un des deux frères la salle à manger sombrant dans les ténèbres. L’ombre de la chaise montre que la famille n’est plus qu’une ombre, donc n’existe plus. L’ombre de la statue portant le flambeau veut dire que la lumière de la science a disparu, mais cette statue réapparaît un bref instant sous le regard du personnage, c’est un signe d’espoir. Quant aux deux frères, leur relation est brisée, ce que symbolise la gifle donnée à celui qui renonce à l’idéologie nazie. Ils ne partagent plus le même idéal, ce que montre le plan rapproché taille où ils sont séparés par le montant central de la fenêtre, chacun sur un côté de l’écran.

Donc nous avons vu comment les méfaits du nazisme détruisent non seulement les individus, mais aussi les liens sociaux de l’intérieur, amicaux ou familiaux.

Ainsi Borzage utilise la puissance du mélodrame pour faire naître de la pitié pour les victimes innocentes affrontées à la catastrophe, de la détestation pour les nazis partisans du Mal, et de l’attendrissement pour les amoureux affrontés à l’épreuve. Le spectateur est donc happé par un film qui propose à travers l’histoire bouleversante qu’il raconte une analyse de la façon dont le nazisme détruit les individus, physiquement et mentalement, dont il met à mal les liens sociaux et décompose de l’intérieur la cellule familiale. Malheureusement, bien que censuré dès le départ et amputé de 15 % de ses images, ce film a provoqué l’interdiction des productions de la Metro-Goldwyn-Meyer en Allemagne par le ministre de la Propagande Joseph Goebbels. Peu après, le premier film parlant de Charlie Chaplin, Le Dictateur, sorti lui aussi en 1940 et mettant directement en cause Hitler lui-même, a provoqué l’interdiction de tous les films hollywoodiens sur le sol allemand.

Léa Laime, 1ère D